HOW WALL STREET WORKS
Posté par Le Pouvoir des Idées - 18/11/08 à 05:11:18
Some traders are so talented !
Drolatique
Posté par Le Pouvoir des Idées - 15/11/08 à 10:11:08LAURENT LAURENT :
TENUE DE COCHON EXIGÉE.
Après le cahier de tendances « Malsapé-Paris » qui passait en revue les loks de la banalité quotidienne, Laurent Laurent, agitateur polymorphe, refait surface avec deux opuscules drolatiques. Dans « Chantier, j’écris ton nom ! », il enfonce le clou en narrant la réfection de son appartement. Une aventure vécue de ses propres mains, relatée avec une précision maniaque jubilatoire. Dress-code : la « tenue de cochon ». soit un bleu de travail roots, c’est-à-dire soigneusement salopé par les stigmates du plâtre, de la peinture et de la plomberie. Avantage : « Personnellement je fais partie de ceux qui démissionnent vestimentairement. » Inconvénient : « Qui faisant un chantier, n’a pas rencontré chez un détaillant une de ses relations mondaines alors qu’il était habillé en cochon ? » La « leçon » de bâtiment prend l’allure d’une épopée de l’ordinaire, pimentée d’observations philosophico-cocasses, genre « j’étais nu sous mes vêtements.». Heureusement la plume de Laurent Laurent caresse mieux qu’une truelle.
HL
« Chantier, j’écris ton nom ! », suivi de « Pour en finir avec la papeterie », éditions du Seuil. Également chez le même éditeur, « Six mois au fond d’un bureau ».
(Paru dans Dépêche Mode n°147, avril 2001)
idées drôles et fixes
Posté par Le Pouvoir des Idées - 15/11/08 à 10:11:11
Qu’est-ce qu’une idée drôle ? Une idée dont la singularité dérange à ce point le sens commun qu’elle ne peut provoquer que le rire. Quand de surcroît, il s’agit d’idées fixes, il y a des chances pour que vous soyez face à l’une des nouvelles de Jean-Marc Aubert, dont le recueil L’Encombré succède à un premier roman (Aménagements successifs d’un jardin à C… en Bourgogne, Albin Michel, 1983).
« La dérision était son arme favorite et terrible. » Tel est bien le propos. Quel genre d’écrivain est-on, lroque sans avoir écrit un seul livre, on n’œuvre que pour sa future biographie ? Quel genre de critique d’art est-on lorsqu’on élit domicile dans la cave riche en bourgognes, d’un peintre conceptuel ?
Si vous avez le goût des paradoxes, un faible pour les mythomanes, les fétichistes et les maniaques, ce réjouissant catalogue de la lubie est fait pour vous. Où sommes-nous ? Dans un OVNI littéraire. Tant il est vrai que le talent de Jean-Marc Aubert ouvre une contrée où aucun panneau n’est vraiment indicateur. (Queneau ? Roussel ? Allais ? Duchamp ? Devos ?)
Une écriture dont l’élégance va jusqu’à se moquer d’elle-même, un style insidieusement trop raisonnable, une savoureuse distance grâce à laquelle l’absurde déploie tous ses charmes, un dynamitage chirurgical des jargons de la création moderne (littéraire et picturale), une progression méthodique du délire sur un mode anodin : la logique imperturbable du décalage a trouvé ici un orfèvre. Un esprit moderne, sans doute.
HL
L’encombré, Jean-Marc Aubert, Presses de la Renaissance.
(Le Monde, octobre 1991)
Cosmic & Cool
Posté par Le Pouvoir des Idées - 15/11/08 à 08:11:16JE CHANTE LA FAMILLE GALACTIQUE
_« Frère Plutonien, sois le bienvenu ! » « Frère Plutonien ! » reprend le chœur. « Sœur Vénusienne : tu es ici chez toi ! » De multiples voix répètent. « Sœur Vénusienne ! » « Frère Saturnien, ta couche est prête ! » « Frère Saturnien ! » Face à une quarantaine de personnes en chaussettes, assises en tailleur, un homme barbu et chevelu, habillé tout en noir, psalmodie un chant étrange. Sa langue inconnue m’envoûte. Chacun se lève, ramasse l’un des nombreux morceaux de faux cristal qui parsèment le sol, embrasse le caillou puis en couronne sa tête. Bienvenu chez les Zaëliens ! La vérité est ailleurs et Maître Zaël est son adresse. Notre mission : accueillir les extra-terrestres. Un conseil : rejoignez-nous avant qu’il ne soit trop tard. ( Quiconque nous traitera de collabo sera immédiatement dénoncé auprès des nouvelles autorités cosmiques.) « I have got an idea, Man ! » me chuchote Justin Showoff, le célèbre fashion director, à la sortie de la réunion que nous avons rejoint, après avoir lu la page « loisirs » du « Figaroscope ».
Trois mois plus tard. Hormis les légères vibrations qui pulsent au sol et le long des parois ainsi que de temps à autre, l’écho d’un carillon cristallin, rien ne signale que nous voguons à bord d’un vaisseau spatial. Rien si ce n’est l’exquis ballet que nos anatomies sublimes géométrisent dans les airs. Voilés d’un transparent tulle blanc, les seins palpitants de Diane effleurent un instant mon nez comme la jouvencelle opère une gracieuse figure avant d’aller rejoindre Justin Showoff, lequel pivote et nage vers elle. D’une délicate poussée des mollets, je me propulse vers le plafond, afin de capter quelques buzz, manquant buter de quelques centimètres dans le postérieur du Marquis. Rien ne vaut l’apesanteur pour qui souhaite parfaire sa lounging-attitude. Nos neurones débordent de suavité. Au son des nappes séminales d’un groove des plus deep, nos chakkras fusionnent en une extase astrale. Nous autres membres de la Cosmic Family, n’oublions cependant pas notre mission : les retrouvailles et l’évangélisation de toutes les créatures vivantes, disséminées par-delà nos médiocres horizons terrestres sous la bannière de la hype. En attendant, please do not disturb : nous sommes en plein boofing. Tout est blanc. Les murs. Les vêtements. La nourriture. Pureté absolue. Dans de petites capsules transparentes, de virginaux aliments flottent vers nous. Mozzarella. Yaourt. Sushis. Litchis. Nos intestins ne méritent-ils pas d’être conceptuels, eux aussi, quelque part ?
Justin Showoff : « J’ai découvert que la terre était désormais trop petite pour moi… N’avais-je pas enseigné le style à des milliards d’êtres humains ? Pourquoi ignorer le reste de l’univers ? One family ! Grâce à vous mes amis, le plutonien sera chic, le neptunien deviendra trendy, le martien se fera smart et le saturnien apparaîtra fringant ! »
Songeur, Justin S. s’interrompt. Une goutte crémeuse et blanchâtre est tombée sur son front. Un petit cylindre d’une transparence laiteuse, mesurant une quinzaine de centimètres, évolue au milieu de nous. Diable ! Un OVNI ! Ami ou ennemi ? Le tube laisse échapper par l’une de ses extrémités ouverte un liquide épais qui, au contact de l’atmosphère privée de gravité, se condense en gouttes compactes. L’une d’elles vient de choir sur les lèvres de Priscilla. D’un coup de langue aussi réflexe qu’expert, la substance disparaît. Malheureuse ! Et s’il s’agissait d’un poison intersidéral ? Frétillant comme un goujon, le Marquis, d’ordinaire si pataud, fond vers le mystérieux rouleau. Sa bouche s’ouvre et se referme spasmodiquement pour avaler la substance inconnue…Ta frivolité nous perdra, maudit Marquis ! Soudain, des cris retentissent. « Salaud !…Salaud ! » Joy de Rochette, passablement échevelée apparaît brusquement. Très en colère et toute nue. « Quel salaud ! »jure-t-elle, essoufflée. Et tout à coup, surgit Roger, tout aussi nu mais bien plus velu. Deux passagers clandestins ! Roger “ Prestige » bondit vers l’OVNI qu’il saisit. « Salut les poteaux ! » fait-il avec sa coutumière urbanité. Joy, toujours aussi hardcore, tente vainement de lui tirer les cheveux. Brandissant le tube devant son nez et le secouant afin d’en extraire tout le contenu, Roger plaide. « Tu vois Chérie, tout est là-dedans…Et pas une goutte en toi ! »
Je m’élance à la suite de Showoff qui s’est éclipsé. Dans les soutes, Justin souffle entre ses dents et transpirant, entaille au cutter une vingtaine d’emballages frappés du sigle « RP » »(entreposés à côté des caisses J.S.). À l’intérieur, les invendus des collections Praccigudda des années 92, 93 et 94. «Bastard !» murmure J.S.. « Eh ouais, mon p’tit pote : moi aussi j’aime les extra-terrestres…Surtout s’ils sont solvables ! »Nous nous retournons : R.P. est là qui ricane en envoyant vers nous la fumée de son Havane. Dans un hurlement à peine humain, Justin se jette sur lui. Ses mains étranglent Roger qui se met à tousser et à verdir. « Allons, gentlemen, un peu de self-control ! De grâce, mes amis ! Je vous en supplie ! Quel spectacle donnez-vous à nos cousins galactiques ? » S’interposer ? La sueur et l’adrénaline ne constituent guère mon élément naturel. D’un coup de genou dans les parties de J.S., R.P. se libère. Projeté en arrière, J.S. vient heurter un hublot. Derrière, c’est l’espace noir et infini, brrr…Heureusement, des amis de la NASA nous ont affrété, off the record, un spacionnef muni de verres au titanium, à toute épreuve…Un énorme sifflement se produit tandis qu’un air glacé jaillit. Des dizaines d’éclats de verre pulvérisé voltigent dans un fracas assourdissant. « Vous avez du feu les gars ? » questionne Roger. En ouvrant mes yeux, je découvre celui-ci, de l’autre côté de l’ouverture… « Fait frisquet, magnez-vous ! »Justin enjambe le hublot et saute. « Sorry ! That’s only business…Nothing personal ! » Au Nouveau-Mexique où s’élève la Showoff Mansion (qu’en définitive nous n’avons jamais quitté si je songe à notre transfert, les yeux bandés, vers « la station de lancement. ») la température était effectivement fraîche, ce soir-là. Une fois de plus, tout s’est conclu sur Terre par une party. N’appartenons-nous pas tous à une seule grande famille ? Celle du business.
HERVÉ LEITNER
(Paru dans «Double»)
L’idée habite au 33
Posté par Le Pouvoir des Idées - 15/11/08 à 08:11:25
Dans les coulisses où se mijotent toutes les tendances ! Dans la tête de tous les people ! Dans les pas des winners ! Dans la peau des êtres d’exception ! En exclusivité absolue !
Paris, 33 décembre 2OOO, zéro heure trente-trois Trente trois invités sortent du 33 rue Saint-Jobard. Trente trois compères et commères qui ont chacun avalé 33 coupes de champagne, dévoré 33 sushis, dansé 33 mambos et vomi 33 gerbes sur mes 33 tapis persans, avant de partir festoyer vers trente-trois autres bacchanales. Trente trois secondes après, le carillon résonne et Héléna Treinta Y Très se présente à ma porte, plus serênissime que jamais. Son éclat éblouissant égale celui de sa dernière interprétation dans « Los tréinta y très amantes de Juanita », le film argentin le plus « thirty –three » de ces trente-trois dernières années. J’ouvre une bouteille de Château-Jobard millésimé 1933, ainsi que mon calepin et mon stylo afin d’entamer les trente-trois questions de mon interview. Pour toute réponse, Hélèna jette avec fureur son manteau ! Vêtue de son seul maillot de championne de catch, la tigresse de la Pampa me jette un bien singulier défi. « Trente –trois prises et tu auras compris toute la psychologie de mon rôle ! Amigo ! » s’exclame la pouliche en V.O. Qu’à cela ne tienne ! La mission de chroniqueur à Double n’impose t-elle pas certaines épreuves ? Deux heures trente-trois. Le téléphone sonne alors que je suis sur le point de mater la farouche créature. Grâce à une reptation millimétrique, je parviens à décrocher le combiné. C’est Justin Showoff et – ô divine surprise – il n’appelle pas de NYC mais de Paris où il va présenter son nouveau défilé off. Rendez-vous à trois heures trente-trois, à l’aéroport de Roissy, terminal 33 ! Une exultation nirvanesque irrigue à présent mes veines :j’appartiens à une élite indépassable, celle des 33 happy few conviés à cet évenement cosmique dont l’adresse était tenue secrète jusqu’à la dernière seconde. Vite ! Le temps de m’extraire de ma sauvageonne, par trop déloyale, de m’innonder de “Nowhere» ”(l’eau de toilette de J.S.,) d’enfiler mon costume de bagnard J.S. sur un T.Shirt Schmok et de plonger dans mes baskets Old School, je me retrouve sur le pavé, dans l’attente fiévreuse du premier taxi. Soudain les accents martiaux de “Also spracht Zarathoustra” retentissent. J’actionne mon Tamakoshi satellitaire et la voix de Christina verse son miel dans mes tympans. En route pour la même mission, elle passe me prendre d’un instant à tout de suite ! Bénis soient tous ces beautiful people !
Vers quelle aimable destination nous rendons-nous ? Tanger ? Bali ? Goa ? Nassau ? La surprise fait partie d’un voyage sans valise (Justin prévoit toujours tout.) . Un feulement feutré annonce la Jag qui glisse à ma hauteur et Christina en saute sans coup ferrir pour saliver juste un peu trop sur mon épiderme regénéré au J.S. Clinical. Au son de DJ Thirty Three, la limousine file à présent et nous entraîne sur les voies royales du Jet-Setting internationnal, sous la splendeur de cette voute celeste étoilée (sans doute commandée par J.S).
À l’arrivée tout le monde s’embrasse car tout le monde s’adore dans notre gentry. Au passage, je note que Johana est devenue sublime depuis qu’elle s’est positionnée Patapouf Girl sur le marché des déesses photographiables. Quel plaisir également de retrouver le marquis Juan de la Riviera qui trotte élégamment vers moi à l’aide de sa jambe de bois en pur ébenne (enlevé pour une bagatelle chez Sotheby’s, l’été dernier). Lors de notre dernier jeu de rôle à la tronçonneuse, Juan ne portait pas aussi beau mais, bon an, mal an, ne faut-il pas rester sport, what ever it takes ? Les autres, vous les connaissez tous, évidemment. Rien que des êtres d’exception (et si vous ne les devinez pas, c’est qu’hélas vous n’appartenez pas à notre petit club très fermé).
Ces plaisantes retrouvailles achevées, une légère angoisse se lit sur chaque visage. Que faisons-nous ici, à trois heures du matin à Roissy, après tout ?Justin nous aurait-il joué quelque farce ? C’est alors qu’une dizaine de jeunes bouquetins, tous vêtus de noir et armés de talky-walkies ainsi que d’oreillettes surgissent et nous guident (après que chacun nous leur eûmes chuchotté le mot de passe : “ I love chorizo”). Nous voici devant le tapis roulant d’une arrivée de bagages. Le silence est véritablement religieux. Nous contemplons le caoutchouc noir qui avance sous nos yeux, dans un morne chuintement mâtiné d’un cliquetis non moins avenant. Assisterions-nous a quelque installation ? Une exclamation étouffée sort d’une bouche. Une femme étroitement ligottée, habillée de ses seuls dessous noirs, de porte-jaretelles, de bas et de talons-aiguilles tour-eiffeilesques, apparaît couchée sur le tapis roulant. Puis une autre. Et encore une. “Gorgeous !” rugit Bill Kougloff. Près d’une douzaine de ravissantes créatures entravées et baillonnées nous présentent la dernière collection de lingerie J.S., sous les auspices d’un bondage du meilleur aloi. Le temps de les admirer glisser sur le ruban synthétique est malheureusement trop court. Une confusion regrettable interrompt notre transe. De vilains bagages se matérialisent sur notre estrade mobile. Les saisissant afin de dégager la scène nous nous trouvons aux prises avec de soudains touristes non moins discourtois. Il s’ensuit une échauffourrée. Des insultes fusent. Des coups sont échangés. Brusquement, la maréchaussée est sur nous. Nous protestons. Nous argumentons. Rien n’y fait. On veut nous saisir ! Nous nous débattons… Des renforts adverses nous encerclent. Des menottes claquent sur nos délicats poignets. Où est Justin ? Où est passé notre Security-Staff ? Une matraque me malmène les côtes. Christina lutte pied à pied, un escarpin dans chaque main. Ces paltoquets galonnés ont l’audace de nous embastiller ! Les lunettes Space Surf de Léopold tombent à terre dans la mêlée. Mon veston est molesté de la façon la plus horrible ! Submergés par le nombre, on nous maîtrise et les portes d’un fourgon policier s’ouvrent pour une af- ter imprévue. Au final, une très belle party dont seuls quelques bleus et bosses témoignent encore de la réussite.
Hervé Leitner
(paru dans « Double »)
Tendance Jobarde
Posté par Le Pouvoir des Idées - 15/11/08 à 08:11:41CHAQUE MOIS, LES TENDANCES LES PLUS IMPENSABLES SONT LES PLUS INDISPENSABLES.
(Après cette page, vous deviendrez un peu plus idiot.)
Giorgio est vraiment un individu translucide. Et ne serait-ce que par celà, il incarne le design le plus impératif d’aujourd’hui. Bleu turquoise, pour être précis le jour où il nous reçoit dans son modeste Palazzo toscan. Il y a là Rupert, Sean, Isabelle, Jean-Paul, Jean Bapt et bien sûr Calvin, tous des confrères et de bons vieux amigos. C’est au son baléarique de « I feel nothing » de I-Nobody, que l’on découvre avec angoisse et orgasme la nouvelle collection de Giorgio Jobardo en private preview show-case, sans-dieu merci !-VIP-et dans la plus stricte intimité, fraternité et simplicité. Dans un éblouissement lysergique nous apparaissent des culottes tyroliennes irradiées d’un rayonnement d’arc-en-ciel : fushia, pervenche, kiwi, curacao, etc. De jeunes paysans toscans, rustauds, rougeauds et lourdauds composent sous nos yeux un défilé des plus plaisants. Le look d’un guitariste d’un groupe préhistorien (AC/DC) a-t-il inspiré Giorgio dans cette affaire En tout cas, Sacré Giorgio »Et veux tu lacher ma paille, ! »Après la chute de l’empire romain, le rut du pire toscan ? Méditatifs, nous léchons nos doigts, dégoulinant de l’huile d’olive premium qui a sublimé la mozarella-tomate divine que de jeunes gueux au profil ingrat mais empreints d’une noblesse toute latine nous ont présentée dans le nouveau service en cristal ergonomique, crée par Lucette Jospin (en vente chez « Ginette »).
Thank god I’m a Jobard !
De la grande botte à la grosse pomme, il n’y a qu’un pas car la Job-Art-Worldwide vision ignore les distances.(L’espace et le temps sont des données caducs, jadis inventées pour museler les esclaves). Il va sans dire que nous faisons ce saut par pure projection mentale. Avant notre téléportation, nous prenons soin d’oindre nos aisselles de l’essence »Nowhere »de Justin Showoff. Shazzam nos pieds nus chaussés de tongues ultra souples en fibrax confèrent à notre démarche une aura quasi-féline tandis que nous arpentons l’asphalte de Williamsburg, un quartier de Brooklyn (NYC). Là un singulier jouvenceau nous brieffe derechef :une scission vient de se produire dans les rangs des Loubavitch entre les Loub et les Avitch les juifs pieux, habillés de noir et blanc, coiffés d’un chapeau et arborant longs caftans barbes et bouclettes (depuis la vie rituelle du shtetl en Europe centrale) découvrent parmi eux avec stupeur une nouvelle frange d’illuminés : les jobards casher ! Des individus vêtus en tout point identiquement mais ayant remplacé le noir par le rouge ! Mariant le bien nommé « Livre de Job »à la sapience de Charlie Oleg, Ces individus voient dans le rire la véritable rédemption de l’homme. À leur tête, le célébrissime rabin Reb Mehem Jobardim mène une nouvelle croisade, si l’on peut s’exprimer ainsi. Joyeuses chenilles, danse des canards, chansons de Sacha Distel, boules puantes et langues-de-chat sont les articles de ce nouveau prosélytisme appelé à conquérir la planète. Une manifestation de plus à mettre au compte du grand complot jobard qui périodiquement ébranle ce vieux monde qui, il faut bien l’avouer, mourrait d’ennui sans lui. Le mois prochain, d’autres preuves encore plus accablantes de cette conspiration.
Hervé Leitner
(Paru dans « Double »)