L’idée habite au 33
Posté par Le Pouvoir des Idées - 15/11/08 à 08:11:25
Dans les coulisses où se mijotent toutes les tendances ! Dans la tête de tous les people ! Dans les pas des winners ! Dans la peau des êtres d’exception ! En exclusivité absolue !
Paris, 33 décembre 2OOO, zéro heure trente-trois Trente trois invités sortent du 33 rue Saint-Jobard. Trente trois compères et commères qui ont chacun avalé 33 coupes de champagne, dévoré 33 sushis, dansé 33 mambos et vomi 33 gerbes sur mes 33 tapis persans, avant de partir festoyer vers trente-trois autres bacchanales. Trente trois secondes après, le carillon résonne et Héléna Treinta Y Très se présente à ma porte, plus serênissime que jamais. Son éclat éblouissant égale celui de sa dernière interprétation dans « Los tréinta y très amantes de Juanita », le film argentin le plus « thirty –three » de ces trente-trois dernières années. J’ouvre une bouteille de Château-Jobard millésimé 1933, ainsi que mon calepin et mon stylo afin d’entamer les trente-trois questions de mon interview. Pour toute réponse, Hélèna jette avec fureur son manteau ! Vêtue de son seul maillot de championne de catch, la tigresse de la Pampa me jette un bien singulier défi. « Trente –trois prises et tu auras compris toute la psychologie de mon rôle ! Amigo ! » s’exclame la pouliche en V.O. Qu’à cela ne tienne ! La mission de chroniqueur à Double n’impose t-elle pas certaines épreuves ? Deux heures trente-trois. Le téléphone sonne alors que je suis sur le point de mater la farouche créature. Grâce à une reptation millimétrique, je parviens à décrocher le combiné. C’est Justin Showoff et – ô divine surprise – il n’appelle pas de NYC mais de Paris où il va présenter son nouveau défilé off. Rendez-vous à trois heures trente-trois, à l’aéroport de Roissy, terminal 33 ! Une exultation nirvanesque irrigue à présent mes veines :j’appartiens à une élite indépassable, celle des 33 happy few conviés à cet évenement cosmique dont l’adresse était tenue secrète jusqu’à la dernière seconde. Vite ! Le temps de m’extraire de ma sauvageonne, par trop déloyale, de m’innonder de “Nowhere» ”(l’eau de toilette de J.S.,) d’enfiler mon costume de bagnard J.S. sur un T.Shirt Schmok et de plonger dans mes baskets Old School, je me retrouve sur le pavé, dans l’attente fiévreuse du premier taxi. Soudain les accents martiaux de “Also spracht Zarathoustra” retentissent. J’actionne mon Tamakoshi satellitaire et la voix de Christina verse son miel dans mes tympans. En route pour la même mission, elle passe me prendre d’un instant à tout de suite ! Bénis soient tous ces beautiful people !
Vers quelle aimable destination nous rendons-nous ? Tanger ? Bali ? Goa ? Nassau ? La surprise fait partie d’un voyage sans valise (Justin prévoit toujours tout.) . Un feulement feutré annonce la Jag qui glisse à ma hauteur et Christina en saute sans coup ferrir pour saliver juste un peu trop sur mon épiderme regénéré au J.S. Clinical. Au son de DJ Thirty Three, la limousine file à présent et nous entraîne sur les voies royales du Jet-Setting internationnal, sous la splendeur de cette voute celeste étoilée (sans doute commandée par J.S).
À l’arrivée tout le monde s’embrasse car tout le monde s’adore dans notre gentry. Au passage, je note que Johana est devenue sublime depuis qu’elle s’est positionnée Patapouf Girl sur le marché des déesses photographiables. Quel plaisir également de retrouver le marquis Juan de la Riviera qui trotte élégamment vers moi à l’aide de sa jambe de bois en pur ébenne (enlevé pour une bagatelle chez Sotheby’s, l’été dernier). Lors de notre dernier jeu de rôle à la tronçonneuse, Juan ne portait pas aussi beau mais, bon an, mal an, ne faut-il pas rester sport, what ever it takes ? Les autres, vous les connaissez tous, évidemment. Rien que des êtres d’exception (et si vous ne les devinez pas, c’est qu’hélas vous n’appartenez pas à notre petit club très fermé).
Ces plaisantes retrouvailles achevées, une légère angoisse se lit sur chaque visage. Que faisons-nous ici, à trois heures du matin à Roissy, après tout ?Justin nous aurait-il joué quelque farce ? C’est alors qu’une dizaine de jeunes bouquetins, tous vêtus de noir et armés de talky-walkies ainsi que d’oreillettes surgissent et nous guident (après que chacun nous leur eûmes chuchotté le mot de passe : “ I love chorizo”). Nous voici devant le tapis roulant d’une arrivée de bagages. Le silence est véritablement religieux. Nous contemplons le caoutchouc noir qui avance sous nos yeux, dans un morne chuintement mâtiné d’un cliquetis non moins avenant. Assisterions-nous a quelque installation ? Une exclamation étouffée sort d’une bouche. Une femme étroitement ligottée, habillée de ses seuls dessous noirs, de porte-jaretelles, de bas et de talons-aiguilles tour-eiffeilesques, apparaît couchée sur le tapis roulant. Puis une autre. Et encore une. “Gorgeous !” rugit Bill Kougloff. Près d’une douzaine de ravissantes créatures entravées et baillonnées nous présentent la dernière collection de lingerie J.S., sous les auspices d’un bondage du meilleur aloi. Le temps de les admirer glisser sur le ruban synthétique est malheureusement trop court. Une confusion regrettable interrompt notre transe. De vilains bagages se matérialisent sur notre estrade mobile. Les saisissant afin de dégager la scène nous nous trouvons aux prises avec de soudains touristes non moins discourtois. Il s’ensuit une échauffourrée. Des insultes fusent. Des coups sont échangés. Brusquement, la maréchaussée est sur nous. Nous protestons. Nous argumentons. Rien n’y fait. On veut nous saisir ! Nous nous débattons… Des renforts adverses nous encerclent. Des menottes claquent sur nos délicats poignets. Où est Justin ? Où est passé notre Security-Staff ? Une matraque me malmène les côtes. Christina lutte pied à pied, un escarpin dans chaque main. Ces paltoquets galonnés ont l’audace de nous embastiller ! Les lunettes Space Surf de Léopold tombent à terre dans la mêlée. Mon veston est molesté de la façon la plus horrible ! Submergés par le nombre, on nous maîtrise et les portes d’un fourgon policier s’ouvrent pour une af- ter imprévue. Au final, une très belle party dont seuls quelques bleus et bosses témoignent encore de la réussite.
Hervé Leitner
(paru dans « Double »)
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